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Fahd TOUMA  Enseignant, chercheur, traducteur
en langue arabe


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Amitié et secret
Auteur : Conte traditionnel alepin
Publié le : mardi 21 octobre 2008

Un vieil homme sage et riche était peiné que son fils, jeune homme insouciant, dépense l’argent sans compter.
Il lui dit :
« Mon fils, je souhaite te donner deux conseils. Le premier est qu’il faut bien choisir tes amis et que ce n’est pas leur nombre qui compte. Moi, je n’ai qu’un ami et demi. Le second est de ne jamais livrer un secret Ă  une femme, mĂŞme si c’est la tienne, car tu le regretteras par la suite. »
Le jeune homme entendit ces conseils mais continua à mener une vie d’homme prodigue, dépensant sans compter l’argent avec ses amis.

Un jour, le vieil homme vit son fils habillé des plus belles étoffes, arborant un turban immaculé et attablé entre ses très nombreux amis dans un café en ville. Il fut choqué et triste.

Le soir, il appela son fils et lui dit :
« Si tu veux savoir qui est vraiment ton ami, fais ce que je vais te dire. »
Il lui conseilla de disparaitre pendant un mois, sans voir ses amis ni leur donner la moindre nouvelle. Puis, passé ce délai, il lui dit de revenir, portant des habits sales et raccommodés et de leur raconter qu’à la suite d’une violente dispute avec son père, il se retrouve déshérité et sans le sou.

Le fils fit ce que lui avait dit son père. Ses amis arrivèrent et lui dirent qu’il leur avait vraiment manqué. Ils lui demandèrent ce qu’il était advenu de lui et pourquoi il était en haillons. Il leur expliqua sa dispute avec son père et son rejet du domicile familial. Les amis parurent tristes et le rassurèrent en lui disant des mots lénifiants et emplis d’amitié. Le lendemain, rares sont ceux qui sont passés le voir. Et ceux qui sont venus ont vite fait de repartir, prétextant un client qui attend, une épouse sur le point d’accoucher ou encore une mère malade.
Le fils s’est trouvé vite seul.
Le troisième jour, il n’y avait plus aucun ami au café.

Le jeune homme comprit la leçon. Il revint chez son père et lui raconta ce qui était arrivé. Le père était satisfait de constater que son fils avait réalisé que ses soi-disant amis n’étaient là que lorsqu’il dépensait de l’argent pour eux. Plus d’argent, plus d’amis…
Le fils remercia son père pour cette leçon inoubliable.

Il lui demanda de lui expliquer pourquoi il ne fallait pas faire confiance aux femmes.
Le père lui dit :
« PrĂ©pare-toi et viens avec moi cette nuit, tu vas comprendre. »
Ils partirent, au milieu de la nuit, au souk des bouchers. Chez un boucher bien connu, le vieil homme demanda qu’on égorge un gros mouton et qu’on le garde entier sans le découper, puis de le mettre dans un sac en jute, ce qui fut fait. Le vieil homme demanda à son fils de l’aider à porter le mouton égorgé et ils rentrèrent à la maison.
La femme leur ouvrit la porte et demanda à son mari ce qu’il y avait dans le sac. Il lui raconta qu’ils venaient de tuer un homme après une dispute et qu’ils devaient l’enterrer dans le jardin. Il lui demanda le plus grand secret concernant cette affaire. La femme, voyant le sang couler du sac, fut persuadée que son mari avait commis un crime.

Le lendemain, le vieil homme fit volontairement éclater une dispute entre lui et sa femme, allant jusqu’à la chasser de la maison.
Outrée et blessée, elle alla raconter à la police que son mari avait tué un homme la veille et qu’il l’avait enterré dans le jardin de la maison.

Le vieil homme et son jeune fils furent arrêtés et, menottes aux poignets, furent emmenés par la police à travers le souk.
Un riche parfumeur, ami de longue date du vieil homme, vint dire aux policiers qu’ils se trompaient, que celui qu’ils accusaient etait le plus honnête des hommes et qu’il n’avait sûrement pas commis ce crime.
Mais les policiers tiraient le vieil homme et son fils vers le commissariat sans écouter les supplications de l’ami qui les défendait.
Ils passèrent devant la boutique d’un bijoutier, Ă©galement ami du vieil homme. Le bijoutier se prĂ©cipita vers les policiers et leur dit :
« C’est moi le coupable, ce n’est pas lui. Vous pouvez demander aux gens d’ici, je ne mens jamais. Et c’est moi le coupable, s’il vous plait, enchainez-moi et emmenez-moi Ă  sa place mais lâchez-le, il n’a rien fait, il est innocent. »
Les policiers continuèrent vers le commissariat, accompagnés d’une foule de plus en plus importante.
ArrivĂ© devant le commissaire le vieil homme parla :
« Je vous assure qu’il n’en est rien. Allez chez moi, creusez et vous allez voir que c’est un mouton malade que nous avons Ă©gorgĂ© et enterrĂ© profondĂ©ment. » Les policiers allèrent avec le vieil homme et virent que ce qu’il leur avait dit Ă©tait vrai.
Ils le relâchèrent et lui firent des excuses.

RestĂ© seul avec son fils, le vieil homme dit :
« Te souviens-tu que je t’avais dit avoir un ami et demi ? Le premier, qui a essayĂ© de me dĂ©fendre, reprĂ©sente la moitiĂ© d’un ami, le second, qui s’est accusĂ© Ă  ma place, c’est un vrai ami.
Quant au secret qu’il ne faut pas partager avec une femme, tu as vu que mĂŞme ta mère ne l’a pas gardĂ©. »

21 octobre 2008

 
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